À propos de l'installation Entre Deux
Entre Deux

"Ah, je vais avoir l'air d'une vieille fée, la fée des légendes
éternellement jeune" dis-je en moi-même.

Gérard de Nerval, Sylvie.


Sylvie, frêle anémone des bois dont le soupir étouffé vient animer La Sauve, la selva obscura, sylve d'ombres douces de murailles en ruine - Sylvie s'est faite sculpteuse de rêves nervaliens. Elle donne la main à cette ancienne Sylvie dont le souvenir vit encore dans les ruines de l'abbaye de Chaalis en Valois. L'installation que nous présente à La Sauve la moderne Sylvie offre à la contemplation sur fond d'or du soleil couchant un frêle éblouissement qui vient enchanter l'âme du promeneur. Les trois éléments qui la composent se décrivent difficilement. De part et d'autre de la nef, deux sculptures en forme de coquillages sont les reliquats muets et blancs de deux mers retirées sur la pointe d'un mascaret agonisant comme deux gisants venus des abysses. Sont-ce de grandes oreilles nostalgiques des tumultes marins ou des conques, formes jointes ouvertes vers le ciel dans l'attente d'un présent de Dieu comme en Sainte-Foy mère de toutes les abbayes ; ou plus animales, l'une ouverte comme le sexe de la femme et l'autre au pédoncule dressé vers le "Très-Haut" comme le pénis d'un pénitent blanc ? Puis viennent les herbes en buisson où se cache la sylve aux ailes de lumière qui font vibrer l'ombre sereine de la voûte absidiale. Au chevet de l'abside, enfin, pend au grand arbre planté dans l'horizon la dépouille vide de l'homme, victime d'Apollon jaloux de sa beauté. La terre indifférente au sort de son enfant fait la cour aux nuages. Il ne reste au visiteur du soir qu'à rêver jusqu'à ce que La Sauve cligne des yeux en s'endormant.

Jean-Didier Vincent

Jean-Didier Vincent est médecin-chercheur, spécialisé dans la neuroendocrinologie, écrivain et collectionneur
 
Sylvie de Meurville

Bibliographie